Churchill a dit que le noeud papillon était l'apanage de l'homme civilisé. Mais Churchill n'a hélas jamais dit ça. C'est moi qui le dis et se revendiquer de Churchill donne assurément plus de poids. Si le noeud papillon doit suivre la trajectoire d'un double biscuit fourré qu'est le macaron - friandise de l'intelligentsia - il est donc appelé à se démocratiser et à se vulgariser (sans aucun sens péjoratif, merci). Son chemin est tout tracé. Reste aux privilégiés à revendiquer la provenance : un macaron de chez X ou Y, un noeud pap de chez bidule ou de Monsieur Jean Yves, mais bidule c'est plus facile à retenir (je l'accepte).
Que l'on me tranche la tête ! Des macarons, pour ma part, je n'en mange plus, qu'ils viennent de chez X ou Y, je m'en fous. Ma curiosité s'est abimée sur les expériences douteuses de certains alchimistes du double biscuit. Même l'éternel framboise, le classique à la bonne confiture, je n'en veux plus. Que nous reste-t-il à nous, les churchilliens ? Même la banale pomme payée "hors de prix" dans l'un des chiens de faïence de la Madeleine a une saveur d'ordinaire. La quête perpétuelle de l'exclusif donne à l'élite qui se débat une raison d'en être encore.
Et pourtant, j'en rêve moi de cette démocratisation du noeud papillon, d'une foule bigarrée de cols noués de bleu, de blanc et de rouge (clin d'oeil à Mathieu Lebreton). D'une foule ennoeudpapillonée mordant à pleines dents dans des doubles biscuits fourrés et applaudissant un gentil président dictateur fantoche (ça serait tellement glamour un dictateur fantoche en noeud papillon, je suggère cela à quelques ambitieux). Un rêve en gravure d'épinal, un rêve oui mais qui nous donne à penser raisonnablement.
"L'espèce humaine marche d'un pas ferme et sûr dans la route de la vérité, de la vertu et du bonheur", c'est de Condorcet pas de moi. Sorti de son contexte et au milieu de mes âneries, ça fait un peu nian nian mais j'aime assez.
Le noeud papillon doit conquérir ce monde civilisé comme l'a fait devant lui le macaron. Utopie absurde qui satisfera mes idéaux (et mon commerce), utopie quand même et rêve d'initié. Telle est ma vision simpliste du Monde. Je crois en une révolution pacifique qui se ferait sans lapins écrasés. Ni guelfes ni gibelins, tous égaux en noeuds pap.
Et je dis à cette horde de bobos réfractaires qui prennent déjà les armes : "Tranchez-moi la tête, je vous pardonne, je ne voulais que votre bien".
On sait tous qu'en espagnol la mariposa c'est le papillon. Loin de moi l'idée d'avancer un discours simpliste du genre les noeuds papillon, c'est pour les homos et quand on me dit cela, ça m'agace !
Si on fait une analyse succincte de la "cible" et je connais ma partie, on peut classer (pardonnez-moi) ceux qui portent les noeuds papillon en trois catégories : les blackties c'est universel, pour tout le monde dans les occasions formelles ; les noeuds classiques en dehors du noir ou des couleurs très foncés, quelques uns en portent, comme certains portent des cravates et d'autres des noeuds pap, une question d'habitude, de goût personnel et c'est très bien. On dira au passage que cette catégorie ce sont les quarante et plus (en faisant une bonne moyenne). La troisième catégorie revient au troisième genre, les homos, les éternels prescripteurs de tendance, à l'exception de quelques uns, de beaucoup en fait. Cette tripartition n'est pas satisfaisante.
On ne tombera pas dans le piège. Si notre néodandy n'est pas souvent branché fille, il assume tout naturellement ses goûts, comme le reste d'ailleurs, sans demander l'avis de qui que ce soit sauf de la Mode, sa directrice et dictatrice de conscience. Les hétéros, dans le fond, ils voudraient bien assumer aussi un goût personnel mais ils craignent le qu'en-dira-t-on. Ce qui est triste, c'est que ce cliché est très présent chez les moins de trente ans.
Le noeud papillon bleu, rouge, à motif, en soie ou en python n'est pas doté d'un organe sexuel. Il est comme les anges. Porter des noeuds papillon, je vous assure que c'est plus facile qu'une cravate et cela sied naturellement à tout homme et à toute fille quand elle veut faire la garçonne, encore une histoire de sexualité ... et je m'arrête là sur la pente glissante.
Oser porter un noeud papillon est absolument sans "danger" et cela n'est en aucun endroit une indication d'appartenance sexuelle. Si la majorité des noeuds papillon les plus intéressants (coupes, motifs, matières) que nous vendons sont achetés par des homos (la Maison est petite, on connait les clients), il y a depuis quelques mois à peine une inversion de tendance. J'essaie toujours de proposer un modèle en rapport à la personnalité de celui qui le porte et ça marche. Sans chercher à provoquer ou se faire voir, les clients vont de plus en plus naturellement vers des couleurs et des motifs qu'ils n'auraient pas osés porter à cause du dit qu'en-dira-t-on aujourd'hui disparaissant. Et cela ne concerne pas cette fausse tendance du metrosexualisme qui me tape sur les nerfs car elle n'existe pas, du moins pas chez moi. Un cliché de plus s'effondre et un grand mur s'érige entre les ringards et les autres.
Homo ou hétéro, on s'en fout, le noeud papillon n'a pas de sexualité et qui plus est, on l'enlève quand on baise.
En fait j'en j'ai marre que l'on me pose toujours la même question à l'emporte pièce : "Pourquoi faites-vous des noeuds papillon ? , nia nia nia". C'est un peu gonflant. Et moi de répondre comme les enfants (car je ne suis qu'un grand enfant) : "PARCE QUE !".
Oui, il s'agit d'un caprice et que d'un caprice. Je porte des noeuds papillon depuis mes dix-sept ans, achetés en général très cher dans des endroits "chics" avec de belles devantures et une belle adresse. Ma maison est bien Place Vendôme, j'entends déjà les mauvaises langues. J'y vis en fait et suis un peu snob (c'est totalement assumé comme le reste : les autres défauts). Voici seulement pour me justifier.
J'ai un moment tripoté pour m'amuser plus ou moins professionnellement les noeuds papillon d'une grande Maison que je respecte trop pour dire des saloperies. Ils sont donc très jolis. Point. Toujours persuadé que l'on est mieux servi par soi-même (ce qui est un peu mon crédo), j'ai employé une petite mais fort talentueuse couturière de la Haute Couture (que je salue au passage) pour réaliser mes propres noeuds papillon. Et ... re "nia nia nia" "Tu l'as acheté où ?", "ça coûte combien ?", "Je peux en avoir un". Je me suis donc mis à en faire pour les autres.
Les autres, c'est là le problème. Moi qui faisait tout exclusivement pour ma poire, j'ai du m'adapter (sans néanmoins trop de concession). Les gens étaient quelque peu mal habitués. Les noeuds papillon en fait, quand ils sont moches, c'est plus facile à voir qu'une cravate qui somme toute demande un oeil - un peu - expert pour en apprécier les finitions. Néanmoins, comme pour la cravate, un noeud papillon moche acheté dans un endroit merdique n'est pas plus moche qu'un noeud papillon moche acheté dans le grand Triangle du Luxe Opéra-Palais Royal-Place Beauveau (je ratisse large et détermine un périmètre dans lequel je me trouve résider). En général, les noeuds papillon moches sont tous fabriqués au même endroit, parfois sous licence, avec les mêmes matériaux de second choix (ou inférieurs). Seule la griffe cousue dessus change ainsi que la coupe, mais pas toujours. J'ai vu à mon grand dam des noeuds papillon qui auraient été très beaux avec une soie de meilleure qualité et des finitions poins dégueulasses (pour le prix de vente exorbitant pratiqué).
Si comme moi on fixe la barre de la cravate au niveau de la Maison Hermès (car les miennes ne sont pas encore sorties ! héhé), on préjuge facilement de mon seuil de tolérance pour son petit frère qu'est le noeud pap.
On serait bien tenté de prendre les gens pour des cons. C'est le jeu de la mode (mais pas pour tout le Monde, pour encore et toujours citer Hermès qui ne fait pas ce genre de concession au profit). Même si cette autre de mes qualités est d'avoir cette vilaine langue de p... qui me vient de mes origines (merci à mes aïeux), je ne peux raisonnablement cracher sur la concurrence qui n'en est d'ailleurs pas une.
Je donnerais bien l'adresse d'un site internet (découvert par moi) à ceux qui me demanderaient : "S'il te plait ... dessine moi un noeud papillon (moche)". Cela ne serait pas politiquement correct et respectueux pour ceux qui tentent, avec leurs moyens et leur propension à prendre plus ou moins les gens pour des cons, de faire leur travail honorablement.
J'ai cherché sur internet (mais ce n'est pas pour faire de l'érudition car je le dévoile ainsi) une citation de Balzac : "il faut toujours bien faire ce qu'on fait, même une folie". Juste pour citer l'auteur en fait. Il a raison le bougre !
Le studio, on n'y fera désormais plus entrer n'importe qui ... Il faudra montrer patte blanche.
Pour les guests, l'accueil sera feutré à la rentrée. Le studio et le petit atelier parisien font peau neuve. Parce que ceux qui aiment nos noeuds papillon ne sont assurément pas des gens ordinaires, nous avons décidé les choyer.
Au menu, une sélection de pièces en éditions très limitées voire uniques et un service sur mesure tiré aux quatre épingles.
Des fleurs fraiches, du champagne frais à toute heure du jour et de la nuit (quand je me couche tard) et même du picon-bière pour les plus "rustiques". Moi qui suis fan des bars de palaces parisiens, je rêvais d'avoir ce confort chez moi.
S'offrir un noeud papillon oui, mais pas n'importe où, pas dans n'importe quelles conditions.
Les noeuds papillon sont toujours et encore en vente au Bon Marché Rive Gauche, la Place Vendôme c'est pour les happy few, les amis de toujours ou ceux de quelques heures. D'ailleurs, au Bon Marché, je ne cesse chaque jour d'y acheter, acheter, acheter mais surtout m'approvisionner à la Grande Épicerie en petits gâteaux, en thés et en plein de choses dont je ne connais pas le nom, qui font mon délice et feront le régal de mes quelques rares invités.
Le lancement de la Maison m'a beaucoup préoccupé ces derniers temps. Il convient de reprendre certaines bonnes habitudes et de les partager, avec un noeud papillon au cou. Ce dernier point est absolument de rigueur.
C'est le temps des imprimés Liberty ... et de la cellulite assumée.
Paris en août nous fait vraiment chier (en toute mesure). Si ce n'est la pluie qui appelle déjà septembre et la somptueuse exposition sur Alexandre le Grand dont l'affiche me donne envie de faire un sitting devant l'entrée du Louvre (si je ne vivais à 5 minutes à pied du Musée), je m'envolerais bien pour l'Hôtel Beau Rivage.
On se console déjà en se préparant à bien s'habiller pour l'hiver.
L'équipe estivale réduite travaille sur quelques tissages de soie (d'ailleurs assez complexes) pour une capsule d'automne de noeuds papillon à nouer, les vrais donc. Cette collection promet d'être très belle car nous, on sait coudre.
Le studio passe au gris (la peinture des murs), les fleurs passent au rouge (désormais que des bouquets de roses rouges), la Place Vendôme est et restera ce qu'elle est (notre studio) en attendant que l'atelier prenne ses quartiers fixes à la campagne. Devant le succès de la Maison, il nous faut bien nous agrandir. La production des collections se fera dans le sud de la France, dans la propriété familiale (de ma famille à moi !). Je dis d'ailleurs merci à mon papa qui nous offre un splendide atelier tout neuf avec même un appart pour le staff (la vie de château ou presque). La décentralisation du luxe selon Monsieur Jean Yves, ce n'est pas Pantin ou Montrouge ! Les valeurs, cela se cultive comme la terre.